Article fourni par : Parc Amazonien de Guyane
Lire l’article original : Les cartes wayãpi et teko de l’Oyapock diffusées dans les classes de Camopi et Trois Sauts

Après avoir collecté près de 600 noms de lieux teko et wayãpi sur le Haut-Oyapock auprès de la population, le Parc amazonien de Guyane et l’Observatoire Hommes-Milieux du CNRS ont réalisé des cartes toponymiques et historiques de la région. Elles ont été présentées et diffusées dans les écoles de Camopi et de Trois-Sauts fin juin. Un support pédagogique, sous la forme de livret, a également été distribué aux enseignants.

Elle marque l’entrée dans la commune de Camopi. La roche Canari zozo, en forme de jarre renversée, est connue par tous les Oyapockois. En aval de cette roche, c’est le territoire de pêche et de chasse des habitants de Saint-Georges. En amont commence celui des habitants de Camopi.
Canari zozo, « Poterie de l’oiseau » en créole, découle du mot wayãpi Wilatuluake, « Ancienne poterie des oiseaux ». Une légende amérindienne raconte que les colibris ont gagné leurs belles couleurs après avoir combattu et tué un anaconda géant puis s’être peints dans ses excréments. Une fois parés de ces atours, les oiseaux burent le cachiri contenu dans la poterie et la retournèrent. La roche Canari zozo était née.
Jusqu’à Trois Sauts, il existe ainsi des centaines de mots wayãpi ou teko pour désigner des sites naturels, des sauts, des criques, des anciens villages, des îlots rocheux… La plupart font référence au milieu naturel, animal ou végétal. D’autres témoignent d’épisodes mythiques ou historiques. Tous reflètent « la connaissance intime de ce territoire par les habitants, explique l’anthropologue Damien Davy, directeur de l’Observatoire Hommes-Milieux Oyapock du CNRS. Cette toponymie dessine  toute une géographie mythique et culturelle du territoire.»
En 2011, le Parc amazonien de Guyane et l’Observatoire Hommes-Milieux Oyapock (OHM) ont lancé un important travail de collecte de ces toponymes auprès des habitants, notamment lors de réunions participatives. Ces noms ont été associés aux données collectées depuis maintenant cinquante ans, puis relevés systématiquement au GPS. Au total, près de 600 toponymes wayãpi ou teko ont ainsi été transcrits. Tous ont été intégrés sur des cartes de la région, qui ont fait l’objet d’une première diffusion dans les villages en 2014.
Afin de poursuivre le travail de présentation – et d’appropriation – de ces cartes, une nouvelle restitution a été organisée fin juin 2016. Quatre agents du Parc amazonien, une étudiante originaire de Trois-Sauts et deux chercheurs de l’OHM ont présenté ce travail dans les écoles primaires des villages de Trois Sauts et de Camopi, ainsi qu’au collège. Trois cents cinquante enfants ont ainsi été sensibilisés à la toponymie wayãpi et teko par le biais de jeux, de contes et, pour les plus grands, d’interventions sur l’histoire récente de l’occupation du territoire. « L’objectif de ces animations était aussi de revaloriser, aux yeux des élèves, le patrimoine culturel teko et wayãpi. Faire de belles cartes écrites en langues amérindiennes, prendre le temps d’en parler en classe, rappeler que parler plusieurs langues est une chance, expliquer l’importance de sauvegarder une langue, faire référence aux anciens… Tout cela concourt à améliorer la considération que les plus jeunes peuvent avoir d’eux-mêmes et de leur culture », explique Pierre Joubert, responsable SIG au Parc amazonien.
Les enseignants se sont vu remettre un livret Cartes et toponymes des territoires teko et wayãpi, rédigé par l’équipe de l’Observatoire Hommes-Milieux et publié par le Parc amazonien. Celui-ci présente des éléments de contexte et de compréhension des cartes et des graphies utilisées, ainsi que des exemples de toponymes et des histoires qu’ils portent. Ce livret a la vocation de servir de support pédagogique pour des séances dédiées. Les enseignants pourront donc l’utiliser dès la rentrée prochaine auprès de leurs élèves.

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